Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /Nov /2009 00:55

  Le Gulf Stream, ce courant océanique de surface, permanent et chaud, constitué de la fusion du courant de Cuba et du courant nord équatorial, véritable “tapis roulant” ramenant un courant marin chaud vers l'Europe, ne cesse de ralentir depuis une cinquantaine d'années.

 Selon des études de 2004 du National Oceanography Centre de Southampton, on enregistre une baisse de 30% du débit de la dérive nord-Atlantique depuis 1957 (1). Cela pose des interrogations majeures sur le devenir de ce courant : va t'il disparaitre ? Quelles sont les conséquences de ce ralentissement ? Quels sont les risques ?

 

 

Le Gulf Stream en lui même :

 

Prenant sa source depuis le golfe du Mexique, il longe la côte américaine se diluant dans l'océan atlantique jusque vers la longitude du Groënland. Il fait partie intégrante de la circulation thermohaline de la Terre : cette circulation permanente à grande échelle de l'eau des océans qui est engendrée par les écarts de températures et de teneur en salinité des masses d'eau.

Une eau chaude et plus faible en salinité aura une densité moins forte qu'une eau froide et forte en salinité , cette dernière plongera vers les fonds marins en suivant une convection à grande échelle (créant ainsi un courant).

La répartition même des climats est sous la dépendance des courants océaniques et inversement , ceux-ci dépendants de la température et du degré de salinité.

 

Cette circulation thermohaline , dont le Gulf Stream appartient , a donc un rôle plus qu'essentiel car il permet le transport de chaleur,libérée dans l'athmosphère, de l'équateur vers les pôles. Sans ce transfert, les écarts de températures entre les hautes latitudes et l'équateur seraient plus important.

Dans cette mécanique circulatoire, le Gulf Stream en montant vers l'Atlantique nord.va se refroidir et gagner en salinité en raison de l'évaporation. Ainsi il acquière une densité supérieure le faisant plonger et le transformant en courant profond poursuivant le cycle de la circulation thermohaline (on ne parlera plus alors ici de Gulf Stream).

 

L'impact du réchauffement climatique :

 

Le réchauffement climatique, comme on le sait fait fondre les glaciers de l'arctique et contribue à l'augmentation de la pluviométrie dans l'Atlantique Nord. Selon une analyse publiée par la revue Nature, la masse de la calotte glaciaire du Groenland diminue avec une accélération de plus en plus forte du phénomène : “entre avril 2004 et avril 2006, la calotte s’amenuisait deux fois et demi plus vite que les deux années précédentes”(2).Ces phénomènes sont à l'origine d'un apport d'eau douce de plus en plus fort dans l'Océan Atlantique diminuant ainsi les différences de densité de l'eau, et ralentirait voir déplacerait le courant du Gulf Stream.

Si les courants marins ralentissent, alors le refroidissement de l'eau et l'accroisement de sa teneur en salinité se feraient plus rapidement et donc beaucoup moins loin (selon certains chercheurs le Gulf Stream pourrait même plonger seulement au niveau des Açores).

 

On peut également prendre en considération le phénoméne d'acidification des océans qui est de plus en plus fort.

Le CO2 étant très soluble il s'enfouit dans l’océan bien plus vaste que l’atmosphère en nombre de molécules.

Ainsi une étude internationale a mis en évidence que 48% du CO2 que l’homme à émis depuis l’ère industrielle est à présent dans l’océan, soit 120 milliards de tonnes de carbone. la molécule CO2, à l’instant précis où elle se solubilise dans l’eau, libère des ions H+. Or le potentiel hydrogène (PH) est directement lié à la concentration en ions H+ : plus il y en à et plus le PH est bas et plus il est bas plus l'océan se retrouve acidifié. Cette acidification de l'eau de plus en plus forte à mesure que le taux de CO2 émis est important entraine alors de véritable bouleversements sur la biologie marine (Ce que l'on observe en particulier chez les coraux), mais pourrait à force diminuer voire empécher l'abosrption du CO2 dans l'atmosphère, augmentaux ainsi l'effet de serre et donc le réchauffement climatique.

La plongée permanente du Gulf Stream contribue à annuellement enfouir un milliard de tonnes environ de CO2 atmosphérique dissous dans les eaux de surface de l’Atlantique nord (pouvant le piéger dans les couches profondes). Un ralentissement du courant limiterait ainsi cet enfouissement et accélerait le processus d'acidification de l'Océan.

 

Un cercle vicieux auto-entretenu se mettrait alors en place : la température de l'hémisphére nord augmentant , cela intensifierait la fonte des glaciers entrainant plus d'eau douce dans l'Atlantique ralentissant d'avantage encore les courants...

 

 

L'ampleur des risques.

 

Le ralentissement de ce “tapis roulant” du Gulf Stream est un fait réel, mais qu'il faut cependant observer avec un certain recul. Loin d'imaginer le scénario catastrophe du film “The day after tomorrow” (où le réchauffement climatique entrainait l'arrêt du Gulf Stream, plongeant l'Hémisphère Nord en glaciation en quelques jours), il faut réaliser quel est l'impact concret et objectif de ce ralentissement sur les climats.

Est ce qu'il est possible que ce tapis roulant s'arrête comme ce fut le cas il y a 8200 ans plongeant l'Amérique du Nord et l'Europe en climat sybérien ?

 

Une nouvelle théorie a été énoncée, résultant du travail d'un groupe de chercheurs américains, dirigé par Richard Seager, Senior Research Scientistde l'université Columbia , ne niant pas l'influence du Gulf Stream sur le climat européen, mais la minimisant fortement : “ les courants marins, grandes réserves de chaleur, servent plus à compenser le déséquilibre de température entre l'équateur et les pôles. En revanche, aux latitudes moyennes, les courants atmosphérique atlantiques plus que les courants marins en eux-mêmes seraient les acteurs majeurs de la douceur du climat européen. 

Ainsi le gain thermique apporté par le Gulf Stream ne serait que de deux ou trois degrés au niveau de l'Europe, la véritable explication des différences de températures aux mêmes latitudes étant les reliefs qui façonnent en partie les grands méandres athmosphériques qui sont réchauffés par le destockage de la chaleur de l'océan Atlantique (notamment les méandres créés par les Montagnes Rocheuses : longs vents circulant vers l'Ouest). Ce destockage aurait ,selon R.Seager, grâce aux tempêtes tropicales hivernales au dessus de l'Atlantique, assez d'énergie à lui seul pour expliquer la douceur du climat hivernal européen.(3)

Un ralentissement du “Tapis roulant” aurait tout de même un impact direct sur le climat mais sans doute plus minime. De plus comme on l'a vu, s'il n'est pas le plus déterminant sur la régulation du climat il est cependant très influençable.


L'importance des prévisions, des études, des recherches et surtout des mesures à prendre, sont donc de plus en plus primordiales pour planifier et minimiser les risques.

 

 

Alexis Segovia.

 

 

Sources :

 

(1)http://www.notre-planete.info/actualites

(2) http://www.nature.com

(3) http://flynetweb.free.fr
Par Alexis Segovia - Publié dans : Géographie
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